"Jadis j’ai entendu les anges,
les sonates, les poèmes,
les confessions pathétiques.
Jamais je n’ai entendu voix humaine.
En vérité je suis fort pauvre".
Carlos Drummond de Andrade

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"Le Petit Carioca"


André Carretoni
, écrivain brésilien à Paris
www.carretoni.com




P
our la troisième fois, j'ai reçu un de ces coffrets cadeaux avec lequel on peut choisir un restaurant et j'avoue que je me suis senti mitigé. Gratuit tout est bon, mais attention. Les deux premières fois, après avoir rencontré des établissements qui n'ont pas voulu accepter mon bon, après avoir vu des visages dépités à l'idée de me voir payer l'addition avec un chèque-cadeau, j'ai  fini par me sentir demandant une faveur. J'ignore comment marche les négociations de publicité pour ces produits, je ne le sais pas, je ne sais même pas quel pourcentage chacun reçoit pour chaque échange; au final, avec mes choix, j'ai  fini par être bien servi, mais bref, ce n'est pas pour discuter de ce sujet que j'ai commencé à écrire ce texte.

Cette fois, j'avais comme options divers activités. Face à l'hypothèse de conduire une Ferrari, de faire un cours de plongé dans le  Lac Léman, des aventures moins émotionnantes et d'autres plus relaxantes, j'ai fini par décider de réaliser l'un des plus vieux rêves de l'homme: j'allais faire un baptême comme pilote.

Peut-être  êtes-vous l'une de ces personnes qui aiment les consoles de jeux? Vous avez peut-être un jour acheté l'un de ces joysticks pour installer face à votre ordinateur? Pour se sentir vraiment pilotant un avion de combat, un Boeing? Oubliez. Ce que j'ai vécu là-haut n'a effectivement rien à voir avec votre fauteuil. Rien à voir non plus avec la montagne russe spatiale de Disney, celle que j'ai vu de là-haut. Je suis en train de parler de piloter un avion, mon ami! Piloter un avion! J'avais déjà fait un cours de parachutisme au Portugal, à Evora, mais avoir eu le contrôle d'un Cesna a été une sensation vraiment à part.

Cela va être facile, avais-je anticipé. Arrivé là-haut, je ferai des photos et l'instructeur me laissera sentir les turbulences pendants quelques minutes.

Lognes. J'y suis allé en RER et j'ai encore marché plus ou moins deux kilomètres et demie.

 

- Bien - l'instructeur commença le briefing - quand nous arriverons à soixante noeuds par heure, tu devras tirer le manche doucement vers toi. Tu devras le garder ainsi jusqu'à ce que nous arrivions à plus ou moins deux mille pieds d'altitude. Après, tu contourneras Disneyland et tu retourneras poser l'avion.

 

"Oh, le monsieur ici sait que c'est la première fois que je fais ça?"

A première vue Jean-Claude me sembla antipathique; mais, après avoir quitté la piste de décollage, je compris que le motif de son apparente distance était le fait que MOI je vivais encore dans un autre monde. J'étais encore un non-initié. Il changea de semblant avec moi dès mes premières démonstrations d'euphorie et sourit de mes commentaires de telle manière qu'il me sembla alors me trouver dans le lieu le plus sûr du monde, même si c'était pourtant moi qui pilotais théoriquement l'avion.

L'appareil nous secoua un peu à cause de quelques turbulences, le casque sur mes oreilles m' isolait de l'inconfort que j'avais senti autrefois en raison du bruit du moteur. Je regardai en bas et je vis des terrains et des maisons défiler, je regardai l'horizon,  je vis la tour Eiffel au fond, je sentis un froid dans l'estomac à chaque masse d'air chaud que nous trouvâmes et je cogitai la possibilité de lui rendre les commandes. C'était déjà pas mal. Je résistai néanmoins, je volai en parallèle à une autoroute, je la suivis, j'eus besoin de concentrer encore plus d'attention à cause d'un hélicoptère qui était en train de décoller, je réalignai l'appareil, j'admirai le château de Cendrillon, je nous posai.

 

- Merci, Saint Exupéry! - dit-je, nous arrachant encore d'avantage de sourires.

 

Bien sûr, Jean-Claude était là pour contrôler la radio, les pédales, il était là pour donner la touche de maître au moment de se poser, ce dont d'ailleurs  je le remercie.

Cela n'aura duré que le temps d'une file  d'attente pour dévaller une montagne russe, mais revient moins cher que l'achat d'un vidéo-game. Ainsi, avec ou sans ces coffrets-cadeaux merveilleux, essayez, je vous le recommande. Osez dédier deux ans de votre vie pour passer votre licence de pilote si cela a toujours été l' un de vos rêves, ou faites-le seulement une fois pour vivre cette expérience. Il y a quelque chose là-haut qui nous rappelle combien la vie est courte et qui change la perspective que nous avons de la vie. Et, si cette aventure nous permet d'avoir le même point de vue qu'un jour Santos Dumont1 eut de Paris, c'est encore mieux.

 

André Bustamante Carretoni

 

1. Santos Dumont

 

 

 

O Pequeno Carioca

 

Pela terceira vez, recebi uma destas caixas de presente para escolher um restaurante onde comer e confesso que me senti receoso. De graça, tudo é bom, mas calma lá. Nas outras duas vezes, depois de encontrar estabelecimentos que não quiseram aceitar o meu vale, de ver caras que não se mostraram empolgadas com a idéia de eu pagar a conta com um cheque-presente, acabei por me sentir pedindo algum favor. Como funcionam as negociações de publicidade destes produtos, não sei, não sei nem tão pouco o quanto de percentagem que cada um recebe por cada troca; no final, com minhas escolhas, acabei por ser bem servido, mas não foi para falar sobre esse assunto que comecei a escrever este texto.

Desta vez, tinha como opções diversas atividades e, diante das hipóteses de guiar uma Ferrari, de fazer um curso de mergulho no lago Léman, de algumas aventuras menos emocionantes e de outras mais relaxantes, acabei decidindo por realizar um dos sonhos mais antigos do homem: iria receber um batismo como piloto.

Você é uma daquelas pessoas que adoram consoles de jogo? Você comprou um daqueles super joysticks para colocar na frente do seu computador? Para se sentir realmente pilotando um caça, um Boeing? Esqueça. O que vivi lá em cima não tem nada a ver com a sua poltrona. Não tem nada a ver com a montanha-russa espacial da Disney, a qual eu vi lá de cima. Eu estou falando de pilotar um avião, cara! Pilotar um avião! Já havia feito um curso de pára-quedismo em Portugal, em Évora, mas ter tido o controle de um Cesna foi uma sensação à parte.

Vai ser sopa, antecipei. Chego lá em cima, tiro umas fotos e o instrutor me deixa sentir as turbulências durante uns cinco minutos.

Lognes. Fui de RER e andei mais ou menos dois quilômetros e meio.

 

- Bem - o instrutor iniciou o briefing - quando chegarmos a sessenta nós por hora, você deverá puxar o manche suavemente para trás. Você deverá mantê-lo um pouco puxado até alcançarmos mais ou menos os dois mil pés de altitude. Depois, você contornará a Disneyland e retornará para pousar o avião.

 

"Este senhor aqui sabe que a primeira vez que eu faço isto?"

Jean-Claude, à primeira vista, pareceu-me carrancudo, mas, após abandonarmos a pista, compreendi que o motivo de sua aparente distância era que EU ainda vivia num outro mundo. Eu ainda era um não iniciado. Ele mudou de semblante comigo após meus primeiros gritos de euforia e sorriu de meus comentários de uma forma que me fez parecer que ele estava no lugar mais seguro do mundo, apesar de ser eu a estar teoricamente pilotando o avião.

O monomotor sacudiu um pouco por causa da turbulência, os fones de ouvido distanciaram-me do inconforto que havia sentido outrora por causa do ronco do motor. Olhei para baixo e assisti terrenos e casas desfilando, olhei para o horizonte, vi a torre Eiffel ao fundo, senti um frio no estômago a cada massa de ar quente que encontramos e cogitei a possibilidade de restituir-lhe o comando. Já estava de bom tamanho. Resisti, voei em paralelo a uma auto-estrada, segui a mesma, tive de ter mais atenção por causa de um helicóptero que estava levantando vôo, realinhei o aparelho, admirei o castelo da Cinderela, pousei.

 

- Merci, Santo Exupéry! - disse, arrancando-nos mais sorrisos.

 

Claro que Jean-Claude controlou o rádio, os pedais e deu o toque de mestre na hora do pouso, o que agradeço.

Dura só o tempo de espera para se andar numa montanha russa, mas sai menos caro do que comprar um videogame. Assim, com ou sem essas caixas maravilhas, tente, eu recomendo. Ouse dedicar dois anos de sua vida para tirar uma licença como piloto se esse for o seu sonho, ou faça-o apenas uma vez para viver essa experiência. Existe algo lá em cima que nos recorda o quanto a vida é passageira e que muda a perspectiva que temos da vida. E, se essa aventura nos permite ter o ponto de vista que um dia o Santos Dumont teve de Paris, melhor ainda.

 

André Bustamante Carretoni