Eparrê
Poivrier brésilien bord de mer,
Canôa Salve Deus et Tiago et Humaita,
Ouah, grande côte de pierre,
De buildings bravant l'océan,
Eh, Xangô, vois si tu m'aides à arriver... Tom Jobim

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Sonora Brasilis



Sonora Brasilis
Interview de mai 2005,
à l'occasion du concert
au 20ème Théâtre - Paris
On lit sur vos tracts "l'arrivée de Saturne dans les tropiques", pourquoi ?
C’est le titre d’un essai de Moacyr Scliar, médecin et écrivain brésilien, et pour moi, la lecture de cet essai a été une évidence, « une révélation » ; j’avais toujours eu ce sentiment sans jamais réussir à l’exprimer de cette sorte. La grande majorité de la musique brésilienne évoque la mélancolie profonde, la saudade ( une composante de la mélancolie), les déplacements des Nordestinos, la «  dor de cotovelo », les désamours  etc. Vinicius disait dans Samba da Benção, «  une samba qui n’a pas de tristesse c’est comme vin qui n’a pas d’ivresse ».  Quant à Saturne, c’est le Dieu du plomb, de la tristesse ; il représente la bile noir la peur.
Comment Sonora Brasilis chante à la fois la mélancolie et la fête au sens brésilien du terme ?
C’est très récemment que j’ai nommé « la chose » comme ça. Nous faisons de la musique brésilienne tout simplement, avec les influences  de chacun ; nous puisons certes dans la tradition, mais nous n’essayons pas de « garder » cette tradition, pas de « folklorismes » pas de chapelle. Nous jouons par exemple du Chôro, mais  dès l’instrumentation jusqu’à l’interprétation nous jouons à notre manière.  Fête et mélancolie s’y mêlent  d’elles mêmes, c’est le Brésil. La théorie du livre est que la mélancolie ayant été imposée au travers de la colonisation, nous faisons la fête pour nous dégager de ce sentiment, de cette oppression. 



Votre répertoire est largement inspiré : jazz, MPB, Bossa nova, musiques traditionnelles ? Quel est le fil conducteur ?
La bonne musique !!! C’est à la fois la campagne et la ville, le fin fond de nos traditions et le cosmopolitisme où chacun apporte ses influences. C’est aussi une façon de voir ( écouter) nos musiques et enfin l’envie de jouer ensemble. Je ne conçois de faire la musique qu’entre amis.
Parlez nous de vos propres créations...
Après avoir étudié un peu de classique, j’ai étudié l’arrangement, la composition et la contrebasse jazz, avec François Théberge, François Janneau et J.F Jenny Clark, entre autres. J’ai composé aussi des musiques de films  et d’audiovisuels. Mon style se situe entre Hermeto Pascoal, Edu Lobo et Jobim. Plus sage qu’Hermeto et moins sage que Jobim. Villa Lobos a également eu une influence déterminante dans ma vie de musicien.  Malgré tout, nous jouons une majorité de reprises re arrangées.
Vous êtes cinq en scène, comment est né le groupe ?
J’anime Sonora Brasilis depuis 18 ans !!!! Il y a eu plusieurs passages plusieurs influences, c’est aussi un groupe à géométrie  variable; la formation actuelle est la plus fidèle, la plus solide, idéalement j’aimerais que nous puissions être 7 ou 10 sur scène !!!! Il y tant de bons musiciens, chacun avec sa couleur …….. pour le CD peut être.
A vous tous, vous n'êtes pas inconnus de la scène parisienne, quel est votre parcours ?
Ah le bonheur total, un privilège unique que de partager la scène avec des musiciens de ce calibre, très originaux et complices, ce mélange de générations et de styles. Par exemple, le batteur Coaty de Oliveira, il a tout joué chez les plus grands. Avec son fils Laurent au piano, c’est le passage de témoin entre générations. Sidney Rodrigues un soliste hors norme, jazz et Brésil, il est également chanteur. Claudia Li, c’est le Chôro et la musique classique au soleil au bord d’une plage à Rio, sans oublier Pierre Mimrand saxes et flûtes que vous allez pouvoir entendre le 24 mai ; Un super musicien français mordu de swing brésilien, un régal.



Vous avez déjà une bonne expérience de la France, vous l'avez même vu changer ?!
Oui et non, j’ai l’impression de recommencer à zéro chaque jour …. On reste quand même étranger; la France a beaucoup changé, j’ai maintenant une relation quasi charnelle avec ce pays…..je viens de traverser la barrière du « plus de la moitié de ma vie ici….. »
La France et le Brésil sont t'ils toujours amoureux l'un de l'autre ?!
Ah oui je pense, mais il y a un certain nombre de fausses idées d’un coté comme de l’autre qu’il faut changer, et même je dirais qui sont en train de changer.
Vous avez été les seuls à nous parler de l'année du Brésil... en 1985 !!
Ah bon ??, pourtant il y a eu pas mal de choses ! Des films en plein air, des concerts. Je me souviens d’une feijoada mémorable avec une école de samba ( Mangueira ou Portela) dans une cour privée à Montparnasse. Inoubliable, à l’époque c’était vraiment rare en France de voir une école de samba comme ça. Fou fou !!